Brief 4 sept. 2026 · Vincent Barret · 6 min de lecture

Palantir investit dans la nouvelle société de défense de l'ex-ministre ukrainien Mykhailo Fedorov

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L’ancien ministre ukrainien de la Défense Mykhaïlo Fedorov se lance dans le secteur privé de l’armement, avec un bailleur de fonds de premier plan venu de la Silicon Valley. Alex Karp, directeur général du groupe américain de données Palantir, devrait devenir le premier grand investisseur de sa nouvelle entreprise de technologies de défense.

Palantir développe des logiciels pour l’analyse de grandes quantités de données et travaille en étroite collaboration avec les armées, les services de renseignement et les autorités de sécurité. Dans la guerre contre la Russie, l’Ukraine mise elle aussi sur la technologie du groupe.

Selon le communiqué diffusé par l'équipe de Mykhailo Fedorov, la société ambitionne de développer des technologies destinées à « renforcer l'Ukraine et construire un avenir plus sûr pour le monde entier ». Le montant de l'investissement de Karp, qui en devient le premier investisseur de référence, n'a pas été communiqué.

Un ministre limogé, reconverti dans l'entrepreneuriat de défense

Âgé de 35 ans, Mykhailo Fedorov s'est bâti une réputation de responsable technophile au sein de l'appareil ukrainien de défense, d'abord comme ministre de la Transformation numérique, poste où il a contribué à construire l'infrastructure de gouvernement numérique du pays et s'est imposé comme l'un des artisans de l'adoption rapide des drones par l'armée ukrainienne, puis comme ministre de la Défense à partir de février 2026.

Sa nomination à ce second poste n'aura duré qu'environ six mois : le président Volodymyr Zelensky l'a démis de ses fonctions le 15 juillet, dans le cadre d'un remaniement gouvernemental plus large, un limogeage qui avait alors suscité des manifestations en Ukraine.

Depuis son départ du gouvernement, Fedorov a multiplié les prises de contact avec des investisseurs et dirigeants technologiques américains, tout en confirmant qu'il ne retournerait pas au gouvernement.

Il a également émergé, ces derniers jours, comme conseiller auprès du ministère italien de la Défense, un rôle qui s'ajoute à ses nouveaux projets entrepreneuriaux, dont un fonds d'investissement dédié aux technologies de défense et, selon certaines sources, un think tank.

Karp et Fedorov, une relation de cinq ans

Alex Karp et Mykhailo Fedorov se connaissent de longue date. Le patron de Palantir fut l'un des tout premiers dirigeants d'entreprises technologiques occidentales à se rendre à Kiev après l'invasion russe de février 2022, et Palantir fournit depuis des logiciels à plus d'une demi-douzaine d'agences gouvernementales ukrainiennes pour soutenir l'effort de guerre.

Les deux hommes se sont rencontrés le 31 août dans les bureaux de Palantir à Washington pour finaliser les contours de cette nouvelle société, selon le Kyiv Independent.

Dans une vidéo diffusée à l'annonce du projet, Karp a salué l'opportunité de transformer l'expérience ukrainienne de la guerre moderne en produits commercialisables auprès des pays alliés.

Pour Alex Karp, cet investissement personnel élargit son exposition au secteur de la défense technologique au-delà de Palantir elle-même, une diversification notable pour un dirigeant dont l'entreprise a vu sa capitalisation boursière dépasser les 440 milliards de dollars, en hausse de près de 28 fois depuis son entrée en bourse en 2020, et dont environ la moitié du chiffre d'affaires provient de contrats avec le gouvernement américain, sur fond de croissance trimestrielle du chiffre d'affaires de 93 % sur un an.

Delta et Maven : deux systèmes jumeaux de gestion du champ de bataille

La réputation technologique de Mykhailo Fedorov s'est notamment construite sur son soutien à Delta, le système ukrainien de gestion de champ de bataille qui fusionne flux de drones, données radar et données de terrain au sein d'un tableau de bord multicouche, permettant de superviser le front en temps réel ou d'en tirer des enseignements a posteriori.

L'ancien secrétaire à l'Armée américaine Dan Driscoll, qui vient lui-même de démissionner de ses fonctions, a qualifié ce système ukrainien de commandement-contrôle à architecture ouverte modulaire d'« absolument incroyable ».

Les États-Unis disposent d'un équivalent fonctionnel avec Maven, le système développé par Palantir, qui combine de façon similaire données de terrain et renseignement au sein d'un outil unique destiné à la planification et au briefing des opérations militaires, en s'appuyant sur les modèles d'intelligence artificielle d'Anthropic pour cette fusion de données.

La proximité de conception entre les deux systèmes illustre la porosité croissante entre l'écosystème technologique militaire ukrainien, façonné par trois ans et demi de guerre à haute intensité, et son homologue américain.

Brave1 Dataroom : l'infrastructure Palantir déjà à l'œuvre en Ukraine

Cette collaboration s'inscrit dans la continuité d'un partenariat déjà engagé cette année : la plateforme ukrainienne Brave1 Dataroom, projet conjoint entre le ministère de la Défense et Palantir lancé en 2026, fonctionne sur l'infrastructure technique de l'entreprise américaine.

Elle permet aux entreprises ukrainiennes d'entraîner des modèles d'intelligence artificielle, notamment des systèmes de détection de cibles conçus pour contrer les drones russes de type Shahed, directement sur des données de combat réelles, un avantage compétitif que les start-ups de défense occidentales, généralement contraintes à des années de tests et de validation avant d'accéder à ce type de données, ne possèdent pas.

Un fonds d'investissement dédié aux technologies de guerre

Parallèlement à cette nouvelle société, Fedorov recherche des investissements américains pour un fonds distinct, dédié aux technologies de défense, selon le Financial Times.

Ce véhicule irait au-delà d'un fonds de capital-risque classique : il serait en mesure aussi bien de créer directement de nouvelles entreprises que d'investir dans des start-ups ukrainiennes déjà existantes, en mobilisant des capitaux occidentaux pour financer des technologies jugées essentielles à la capacité de résistance de l'Ukraine face à l'invasion russe en cours.

Fedorov a identifié trois priorités initiales pour ce fonds :
• La robotique de champ de bataille, pour réduire la dépendance de Kiev à la main-d'œuvre et aux effectifs de première ligne ;
• Des drones intercepteurs rapides et bon marché, destinés à contrer la nouvelle génération de drones d'attaque russes à propulsion par réacteur ;
• Des missiles à bas coût dotés d'intelligence artificielle.

Ces trois priorités recoupent très directement la doctrine de « masse abordable » actuellement déployée par le Pentagone lui-même, où les mêmes catégories (intercepteurs low-cost, munitions produites en série à bas coût, systèmes robotisés) structurent l'ensemble des programmes récents d'acquisition américains.

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