Le programme MACE (Multi-mission Affordable Capacity Effector)
Depuis 2019, les porte-avions américains ont perdu leur avantage de portée face à la Chine : les missiles balistiques et hypersoniques chinois (DF-21D, DF-26, DF-17, DF-27) dépassent aujourd'hui le rayon de frappe des avions embarqués comme le F/A-18E/F, contraignant les groupes aéronavals à choisir entre rester hors de portée d'engagement ou entrer dans l'enveloppe de tir adverse.
Ce dilemme, hérité de la doctrine chinoise de déni d'accès construite depuis la crise de Taïwan de 1995-1996, place la Navy face à un problème stratégique urgent, d'autant plus pressant que 2027 est identifiée comme une échéance possible pour un scénario d'invasion de Taïwan.
C'est dans ce contexte que le programme MACE (Multi-mission Affordable Capacity Effector), lancé par NAVAIR en février 2024, vise à équiper les avions embarqués (F/A-18E/F comme plateforme de référence, F-35A/C en port interne à terme) d'un missile de croisière hypersonique anti-navire léger, plafonné à 300 000 dollars par unité, avec un objectif de production d'au moins 500 exemplaires par an.
Plutôt que de remplacer les munitions haut de gamme comme le LRASM, MACE vise à les compléter en densifiant, par le nombre, la capacité de frappe disponible une fois l'avion à portée d'engagement, permettant de saturer les défenses navales adverses plutôt que de miser sur la seule sophistication d'une frappe isolée.
Le 25 février 2026, la start-up Castelion a été désignée vainqueur du programme avec son missile hypersonique "Blackbeard", capable de dépasser Mach 5.
Une succession rapide de contrats, d'octobre 2025 à août 2026, pour un cumul avoisinant 270 millions de dollars, a fait progresser le missile du prototype vers la capacité opérationnelle précoce, avec un objectif d'achat de 4 510 unités sur cinq ans (2027-2031) pour environ 1,76 milliard de dollars.
Le cahier des charges exige explicitement, la conformité à l'architecture ouverte WOSA et des interfaces détenues par le gouvernement, ainsi qu'en architecture modulaire, inscrivant MACE dans la même révolution architecturale du Pentagone qui a déjà produit FAMM, LCCM et CHAOS.
La vitesse d'exécution du programme, un peu plus de deux ans entre la RFI initiale et la sélection du vainqueur, contraste frontalement avec l'échec du programme concurrent "HALO", porté par Lockheed Martin et RTX selon le modèle d'acquisition classique, resté non financé et abandonné après plusieurs années de difficultés.
Ce contraste illustre, plus largement, un basculement dans l'ensemble du portefeuille de munitions du Pentagone : la part des munitions à faible coût (moins de 600 000 $) passera de 49 % en 2027 à plus de 70 % en 2031, porté par des accords-cadres pluriannuels avec des fournisseurs aussi bien historiques (Lockheed Martin, RTX, L3Harris) qu'émergents (Anduril, CoAspire, Zone 5, Castelion, Perennial Autonomy).
L'ambition qui s'en dégage dépasse le seul cadre budgétaire : c'est le pari que la quantité, l'abordabilité et la vitesse d'itération peuvent compenser un désavantage de portée que la seule sophistication technologique n'était plus parvenue à combler face à la Chine.
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